Anora met beaucoup de temps à décoller. Sa mise en place est longue, excessive, saturée de sexe et d’excès, avec un côté presque obscène qui rappelle certains films d’ados en quête de provocation permanente. Cette première partie fatigue plus qu’elle ne séduit et donne l’impression d’un film qui force son énergie et sa transgression.
C’est réellement à partir de la première heure que le film devient intéressant, lorsque les ennuis avec la famille d’Ivan commencent. La course contre la montre à travers New York pour retrouver Ivan et l’emmener de force à Las Vegas afin d’annuler le mariage redonne enfin du souffle au récit. Le film devient alors drôle, rythmé, parfois franchement absurde, avec des situations rocambolesques et une avalanche d’insultes qui fonctionnent étonnamment bien. Le passage constant du russe à l’anglais ne gêne jamais la narration et renforce même le chaos ambiant.
Si le personnage d’Anora fonctionne dans ses excès et son impulsivité, c’est surtout Igor qui s’impose comme la vraie révélation du film : drôle malgré lui, sincère, touchant, il apporte une humanité inattendue. Ivan, à l’inverse, est un sale gosse pourri gâté rapidement insupportable, mais c’est précisément ce que le film attend de lui, et sur ce point le contrat est rempli.
Ce quatuor de bras cassés contraint de rester ensemble devient le véritable cœur du film. Leur quête absurde soude le récit et lui donne enfin une vraie dynamique, là où Anora semblait au départ tourner à vide. La fin, en revanche, est plus lourde et plombante. Elle ramène brutalement Anora à sa réalité, à son rapport compliqué au corps et à l’affection, à la trahison et au retour à une vie qu’elle n’a jamais vraiment quittée. Une conclusion amère qui laisse un goût volontairement inconfortable.